George Mallory, l'homme derrière la légende
Professeur, officier, dandy, ami des écrivains de Bloomsbury et grimpeur d'exception : avant de devenir le visage de la plus grande énigme de l'alpinisme, George Mallory a mené une vie digne d'un roman.
Un enfant du Cheshire qui grimpait sur tout
George Herbert Leigh Mallory naît le 18 juin 1886 à Mobberley, un village du Cheshire, dans le nord-ouest de l'Angleterre. Son père est pasteur ; la famille vit au rythme du presbytère. Très tôt, le garçon montre une agilité qui inquiète son entourage : il escalade les arbres, les murs, les toits de l'église. Ceux qui l'ont connu enfant racontent qu'il ne fallait surtout pas lui dire qu'une chose était impossible — c'était la meilleure manière de le voir s'y attaquer.
Cette attirance pour la hauteur n'a rien d'un caprice. Elle deviendra le fil rouge d'une vie entière, jusqu'aux pentes de l'Everest, où il disparaîtra à 37 ans.
Winchester, Cambridge et le cercle de Bloomsbury
Boursier du prestigieux collège de Winchester, Mallory y découvre l'alpinisme grâce à un professeur passionné qui emmène quelques élèves dans les Alpes. C'est une révélation. Il poursuit ensuite des études d'histoire au Magdalene College de Cambridge.
À Cambridge, le jeune homme fascine. Il se lie avec le poète Rupert Brooke, l'économiste John Maynard Keynes et l'écrivain Lytton Strachey, figures de ce qu'on appellera le groupe de Bloomsbury. Strachey ne tarit pas d'éloges sur sa beauté ; le peintre Duncan Grant fait son portrait. Mallory est à la fois un intellectuel, un esthète et un athlète : un mélange rare, qui nourrit déjà sa légende.
Professeur à Charterhouse, mari de Ruth
En 1910, il devient professeur à Charterhouse, une public school du Surrey. Parmi ses élèves figure un certain Robert Graves, futur grand écrivain, qu'il initie à l'escalade. En 1914, Mallory épouse Ruth Turner, le grand amour de sa vie. Le couple aura trois enfants : Clare, Beridge et John.
Leur correspondance, abondante, accompagnera chacune de ses absences. Elle est aujourd'hui l'une des sources les plus touchantes pour comprendre l'homme derrière l'alpiniste.
L'épreuve de la Grande Guerre
Quand la guerre éclate, Mallory refuse de rester à l'abri de son poste d'enseignant pendant que ses amis partent au front. Il s'engage dans l'artillerie et connaît l'enfer de la Somme en 1916. Il en revient vivant, mais profondément marqué, comme toute sa génération. Beaucoup de ses amis, dont Rupert Brooke, ne sont pas revenus.
L'Everest, trois fois
Au début des années 1920, les deux pôles ont été atteints. Le « troisième pôle », le plus haut sommet du monde, devient un enjeu de prestige pour l'Empire britannique. La Royal Geographical Society et l'Alpine Club organisent une série d'expéditions par le Tibet, le Népal étant alors fermé aux étrangers.
1921 : la reconnaissance. Mallory fait partie de la première expédition. Pendant des mois, l'équipe explore et cartographie les abords de la montagne, encore presque inconnus des Occidentaux, et identifie un accès par le col Nord.
1922 : la première vraie tentative. Avec ses compagnons, Mallory monte au-delà de 8 000 mètres sans oxygène, plus haut qu'aucun homme avant lui. Mais l'expédition se termine dans le drame : une avalanche emporte sept porteurs sherpas. Mallory, qui menait la cordée, en restera hanté.
1923 : « Parce qu'il est là ». Lors d'une tournée de conférences aux États-Unis, un journaliste lui demande pourquoi il veut gravir l'Everest. Sa réponse, « Because it's there », deviendra l'une des phrases les plus célèbres de l'histoire de l'exploration.
1924 : la dernière. Mallory a 37 ans. Il hésite à repartir, puis accepte : il sait que c'est sans doute sa dernière chance. Le 8 juin, il quitte le dernier camp avec le jeune Andrew Irvine. Ils ne reviendront jamais.
Ce qu'il reste de lui
Pendant soixante-quinze ans, on ignore où repose George Mallory. Le 1er mai 1999, une expédition retrouve son corps sur la face nord, vers 8 150 mètres d'altitude, remarquablement conservé par le froid. Les objets découverts sur lui — lettres, altimètre, lunettes rangées dans une poche — relancent toutes les hypothèses, sans trancher la question essentielle : a-t-il atteint le sommet ?
« Il est des histoires dont on ne finit jamais la lecture. » — Greg Lager
Un siècle après sa disparition, Mallory reste une figure à part : un homme de son temps, pétri des valeurs et des contradictions de l'Angleterre édouardienne, et un pionnier qui a poussé l'aventure humaine plus haut que quiconque. C'est cet homme-là que Greg Lager fait revivre sur scène.
Vivez cette histoire au théâtre
« Au Sommet de ses Désirs », la folle épopée de George Mallory, écrite et interprétée par Greg Lager. Tous les mercredis à 21h, du 13 janvier au 31 mars 2027, à l'Apollo Théâtre, 18 rue du Faubourg du Temple, Paris 11e. 1h36, dès 8 ans, 29 €.
À la fin du spectacle, c'est à vous de répondre : Mallory et Irvine sont-ils morts avant le sommet… ou après l'avoir atteint ?