L'énigme du Kodak : Mallory et Irvine ont-ils atteint le sommet ?
Vingt-neuf ans avant Edmund Hillary et Tenzing Norgay, deux Britanniques ont peut-être foulé le toit du monde. La preuve dort peut-être dans un petit appareil photo, quelque part sur la face nord de l'Everest.
La question
Officiellement, le premier sommet de l'Everest date du 29 mai 1953 : le Néo-Zélandais Edmund Hillary et le Sherpa Tenzing Norgay y parviennent par le versant népalais. Mais le 8 juin 1924, George Mallory et Andrew Irvine ont été aperçus en pleine ascension, très haut sur l'arête nord-est, avant de disparaître. Ont-ils atteint le sommet ? Sont-ils morts en montant, ou en redescendant ?
Pour l'histoire de l'alpinisme, la nuance est immense : un sommet ne compte vraiment que si l'on en revient. Mais pour la légende, la question demeure entière.
Le Kodak Vest Pocket
Les deux hommes avaient emporté un petit appareil photo pliant, un Kodak Vest Pocket, prêté par leur compagnon Howard Somervell. Selon des spécialistes de Kodak, la pellicule, conservée par le froid extrême, pourrait encore être développée. Une seule image prise au sommet suffirait à réécrire l'histoire.
1933 : le piolet
Neuf ans après la disparition, l'alpiniste Percy Wyn-Harris découvre un piolet posé sur des dalles, sous l'arête, vers 8 450 mètres. Les marques gravées sur le manche permettent de l'attribuer à Irvine. Était-ce le lieu d'une chute ? D'une halte ? L'objet relance les spéculations sans les trancher.
1975 : « un Anglais mort »
En 1975, un alpiniste chinois, Wang Hongbao, aperçoit sur la face nord le corps d'un homme vêtu à l'ancienne, qu'il décrit comme « un Anglais mort ». Il en parle quatre ans plus tard à un alpiniste japonais, puis meurt le lendemain dans une avalanche, sans avoir pu indiquer l'endroit précis.
1er mai 1999 : Mallory retrouvé
Une expédition partie à la recherche des deux hommes découvre, le 1er mai 1999, un corps vers 8 150 mètres. Ce n'est pas Irvine, comme on l'espérait, mais George Mallory lui-même. Les traces d'une corde autour de sa taille laissent penser que les deux hommes étaient encordés lors d'une chute. Sa jambe est brisée.
Sur lui, des lettres, un altimètre, un couteau… mais pas d'appareil photo. Deux détails troublent les chercheurs. Ses lunettes de glacier sont rangées dans une poche, ce qui pourrait signifier qu'il descendait après le coucher du soleil, donc après une longue journée. Et la photo de sa femme Ruth, qu'il aurait promis de déposer au sommet selon le récit familial, n'a pas été retrouvée.
Le verrou du Second Step
Sur l'arête nord-est, vers 8 600 mètres, une barrière rocheuse d'une trentaine de mètres barre la route : le Second Step. En 1975, une expédition chinoise y fixe une échelle, toujours utilisée aujourd'hui. Pour beaucoup d'experts, Mallory et Irvine, avec le matériel de 1924, n'auraient pas pu franchir ce passage. En 2007, l'Américain Conrad Anker — celui-là même qui avait retrouvé Mallory — l'escalade sans l'échelle et montre que c'est possible pour un grimpeur de très haut niveau. Mallory en était un.
2024 : la chaussure d'Irvine
En 2024, une équipe de tournage pour National Geographic retrouve, sur le glacier de Rongbuk central, une chaussure contenant une chaussette portant l’étiquette « A.C. IRVINE ». C'est la première trace d'Andrew Irvine depuis un siècle, et elle réduit la zone où pourrait se trouver le reste de son corps… et peut-être le Kodak.
Pour ou contre ?
Ce qui plaide pour le sommet : le témoignage d'Odell, qui les voit progresser avec assurance ; les lunettes rangées, signe possible d'une descente tardive ; la photo de Ruth absente ; le talent exceptionnel de Mallory en escalade.
Ce qui plaide contre : l'heure tardive de l'observation ; la difficulté du Second Step avec l'équipement de l'époque ; les réserves d'oxygène limitées ; l'absence de toute preuve matérielle.
Comme le résume une formule souvent citée par les passionnés : on trouvera peut-être un jour la preuve qu'ils ont atteint le sommet, mais il est impossible de prouver qu'ils ne l'ont pas atteint.
Au théâtre, c'est vous qui répondez
Dans « Au Sommet de ses Désirs », Greg Lager retrace cette enquête d'un siècle et, au terme du récit, pose la question au public. Chaque spectateur repart avec sa propre réponse.
Vivez cette histoire au théâtre
« Au Sommet de ses Désirs », la folle épopée de George Mallory, écrite et interprétée par Greg Lager. Tous les mercredis à 21h, du 13 janvier au 31 mars 2027, à l'Apollo Théâtre, 18 rue du Faubourg du Temple, Paris 11e. 1h36, dès 8 ans, 29 €.
À la fin du spectacle, c'est à vous de répondre : Mallory et Irvine sont-ils morts avant le sommet… ou après l'avoir atteint ?