Andrew « Sandy » Irvine, 22 ans, compagnon de cordée de Mallory
On l'oublie souvent derrière la figure de Mallory. Pourtant, c'est lui qui portait sans doute l'appareil photo qui pourrait tout prouver. Portrait d'un jeune homme brillant, parti trop tôt.
Un ingénieur-né
Andrew Comyn Irvine, que tout le monde appelle « Sandy », naît le 8 avril 1902 à Birkenhead, près de Liverpool. Dès l'enfance, il démonte, répare et invente. Élève à Shrewsbury, il passe ses heures libres dans les ateliers ; on raconte qu'il conçoit des améliorations pour des mécanismes d'armes et des moteurs avec une facilité déconcertante.
L'aviron et l'Arctique
Étudiant à Merton College, à Oxford, il est aussi un athlète accompli : solide gaillard, il rame dans le bateau d'Oxford lors de la célèbre course contre Cambridge sur la Tamise, la Boat Race.
En 1923, il participe à une expédition universitaire au Spitzberg, dans l'Arctique. Il y rencontre Noel Odell, géologue et alpiniste, qui remarque son endurance, son sang-froid et son ingéniosité. C'est Odell qui le recommande pour l'Everest. Irvine n'a presque aucune expérience de la haute montagne, mais il a 21 ans, une énergie hors du commun et des mains d'or.
L'homme de l'oxygène
En 1924, l'oxygène en bouteille est encore une technologie balbutiante et controversée. Les appareils sont lourds, fuient, gèlent. Irvine en fait son affaire : avant même le départ, puis dans les camps, il les démonte et les modifie pour les rendre plus légers et plus fiables. Il répare aussi les réchauds, les appareils photo, tout ce qui tombe en panne. Ses compagnons l'adorent.
Pourquoi Mallory l'a choisi
Pour la tentative finale, Mallory choisit Irvine plutôt qu'un alpiniste plus aguerri. Le choix surprend encore. Il s'explique d'abord par l'oxygène : Mallory veut le sommet, et il pense que seul Irvine peut faire fonctionner les appareils jusqu'en haut. Il y a aussi l'entente entre les deux hommes, la force physique du jeune rameur et son enthousiasme intact.
Le 8 juin 1924, Sandy Irvine a 22 ans. Il disparaît avec Mallory dans les nuages de l'arête nord-est.
Le dernier disparu
En 1933, une expédition retrouve un piolet sous l'arête, vers 8 450 mètres. Des marques gravées sur le manche permettent de l'attribuer à Irvine. Il suggère une chute ou une halte forcée, sans dire ni où, ni quand.
Lorsque le corps de Mallory est découvert en 1999, l'appareil photo Kodak que les deux hommes avaient emporté n'est pas sur lui. Depuis, une idée s'est imposée chez les chercheurs : retrouver Irvine, c'est peut-être retrouver le Kodak, et avec lui la photo qui prouverait — ou non — que l'Everest a été vaincu en 1924.
En 2024, une équipe tournant un documentaire pour National Geographic découvre sur le glacier de Rongbuk central une chaussure et une chaussette portant l’étiquette « A.C. IRVINE ». C'est la première trace de Sandy Irvine depuis un siècle. Mais toujours pas d'appareil photo.
Un héros de 22 ans
Irvine incarne une jeunesse sacrifiée au rêve impérial et à l'aventure : brillant, généreux, courageux. Dans « Au Sommet de ses Désirs », il est ce compagnon de cordée que Mallory entraîne vers le sommet — et vers la légende.
Vivez cette histoire au théâtre
« Au Sommet de ses Désirs », la folle épopée de George Mallory, écrite et interprétée par Greg Lager. Tous les mercredis à 21h, du 13 janvier au 31 mars 2027, à l'Apollo Théâtre, 18 rue du Faubourg du Temple, Paris 11e. 1h36, dès 8 ans, 29 €.
À la fin du spectacle, c'est à vous de répondre : Mallory et Irvine sont-ils morts avant le sommet… ou après l'avoir atteint ?