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8 juin 1924 : le dernier jour de Mallory et Irvine

Ce jour-là, à 12h50, une déchirure dans les nuages laisse apercevoir deux silhouettes sur l'arête sommitale de l'Everest. Puis la brume se referme. Récit de l'une des journées les plus mystérieuses de l'histoire de l'exploration.

Photographie d'archive : un alpiniste de dos portant les bouteilles d'oxygène de l'expédition de 1924
Les appareils à oxygène de 1924 pesaient une quinzaine de kilos. Sandy Irvine passa l'expédition à les améliorer.

Une expédition contrariée

La troisième expédition britannique arrive au pied de l'Everest au printemps 1924. Son chef, le général Charles Bruce, tombe malade pendant l'approche ; c'est Edward Norton qui prend le commandement. La météo est exécrable, la mousson menace, et les premières tentatives échouent.

Le 4 juin, Norton monte seul, sans oxygène, jusqu'à environ 8 570 mètres sur la face nord avant de renoncer, à bout de forces et presque aveugle. C'est une performance prodigieuse. Il reste une dernière fenêtre, et un dernier duo : George Mallory et Andrew « Sandy » Irvine.

Le choix d'Irvine

Pour cet ultime assaut, Mallory aurait pu choisir Noel Odell, alpiniste chevronné. Il choisit Irvine, 22 ans, moins expérimenté en montagne mais doté d'un talent précieux : il est le seul à maîtriser parfaitement les appareils à oxygène, capricieux et lourds. Mallory est convaincu que l'oxygène est la clé du sommet.

6 et 7 juin : la montée vers le camp VI

Le 6 juin, les deux hommes quittent le col Nord, vers 7 000 mètres, accompagnés de porteurs. Ils passent la nuit au camp V. Le 7, ils atteignent le camp VI, une petite tente accrochée vers 8 150 mètres, le point de départ de l'assaut final.

Les porteurs redescendent avec des messages. Mallory annonce un temps parfait. Dans un billet resté célèbre, il conseille à Noel Odell de commencer à les chercher sur la ligne de crête vers 8 heures — il a écrit « 8 p.m. », 8 heures du soir, au lieu de « 8 a.m. ». Une coquille que des générations de passionnés ont tenté d'interpréter.

8 juin, 12h50 : la dernière image

Noel Odell monte seul en soutien, vers le camp VI. Dans la matinée, le brouillard enveloppe la montagne. Puis, à 12h50, le voile se déchire. Odell aperçoit, très haut sur l'arête nord-est, une petite silhouette noire qui franchit un ressaut rocheux, bientôt rejointe par une seconde. Il les décrira comme progressant résolument vers le sommet. Quelques instants plus tard, les nuages recouvrent tout.

Ce sont les dernières observations de Mallory et Irvine vivants. Depuis un siècle, on se demande où ils se trouvaient exactement : sur le « First Step », le premier ressaut, ou sur le redoutable « Second Step », une barrière rocheuse d'une trentaine de mètres vers 8 600 mètres ? La réponse change tout : du second, le sommet n'est plus qu'à quelques heures.

L'attente, puis le silence

Odell atteint le camp VI dans l'après-midi, sous une tempête de neige. La tente est vide, encombrée de matériel. Il appelle, siffle, attend, puis redescend comme convenu pour leur laisser la place. Les jours suivants, il remonte, seul, jusqu'au camp VI : rien n'a bougé. Personne n'est revenu.

Pour prévenir ses compagnons restés en bas, il dispose deux sacs de couchage en forme de T sur la neige : le signal convenu pour dire qu'il n'y a aucune trace. L'expédition plie bagage. En Angleterre, la nouvelle bouleverse le pays ; une cérémonie à la mémoire des deux hommes est célébrée à la cathédrale Saint-Paul de Londres.

Ce que dit l'heure

12h50, c'est tard pour se trouver encore si loin du sommet. Les sceptiques y voient la preuve que les deux hommes n'avaient aucune chance d'atteindre le sommet et de redescendre avant la nuit. D'autres rappellent que, s'ils étaient au-dessus du Second Step, il ne leur restait que quelques heures de marche. Les pièces du puzzle retrouvées depuis — un piolet en 1933, le corps de Mallory en 1999, une chaussure d'Irvine en 2024 — n'ont toujours pas permis de conclure.

Une chose est sûre : ce 8 juin 1924, deux hommes sont montés plus haut que quiconque avant eux, et sont entrés dans la légende.

Vivez cette histoire au théâtre

« Au Sommet de ses Désirs », la folle épopée de George Mallory, écrite et interprétée par Greg Lager. Tous les mercredis à 21h, du 13 janvier au 31 mars 2027, à l'Apollo Théâtre, 18 rue du Faubourg du Temple, Paris 11e. 1h36, dès 8 ans, 29 €.

À la fin du spectacle, c'est à vous de répondre : Mallory et Irvine sont-ils morts avant le sommet… ou après l'avoir atteint ?